Cela faisait deux jours que je ne dormais plus. Rêve d'Automne hantait mes pensées et je voyais sans arrêt son corps chanceler et s'effondrer. Je voyais en permanence ses yeux me dévisager pour s'excuser, je l'entends en permanence avouer qu'elle ne part pas seule, mais avec ses petits. Et quand je pense que j'espérais la voir avoir des chatons. C'était trop triste et j'avais senti une partie de mon cœur s'en aller avec elle. Elle était comme une sœur pour moi. elle n'avait pas le droit de partir comme ça et de me laisser seul. Aujourd'hui, il n'y avait plus que Nuage Mystérieux, et encore, je n'avais pas le droit de la voir. J'étais à bout de force et je voulais mourir pour rejoindre mon amie.
Harassé par les questions et les demandes instructions permanentes, je m'étais esquivé pour trouver la paix hors du camp et avais marché en laissant mes pensées vagabonder, mais elles me ramenaient à chaque instant à la reine brune au regard sarcastique et sérieux. Et comme si ma peine n'était pas assez grande, mes pas m'avaient amené aux Rochers du Soleil, le lieu de sa mort, le lieu du crime.
Furieux contre mes pattes, contre moi-même, je frappai dans un caillou qui vola contre un rocher et rebondit manquant de peu de me revenir en plein visage.
- Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah! hurlai-je pour me libérer.
C'était un cri de douleur, de rage, de tristesse, de désespoir, de chagrin, de lassitude, d'envie de mourir. J'eus alors la douloureuse sensation que mon cœur explosait laissant mes larmes se répandre en moi et couler par mes yeux.
Je pleurai longtemps et bruyamment. Plus rien ne m'importait et la forêt entière pouvait bien m'entendre, je n'en avais plus rien à faire. Qu'ils m'entendent tous. Ce ne serait pas moi qu'ils percevraient, c'était la douleur d'un félin ayant perdu son amie, son support, son maintient. Jamais je n'aurai cru être aussi attaché à la jeune guerrière mais ça me faisait tant de bien de pleurer.
Soudain, une voix se fit entendre.
- Etoile de Fougères ?!
Je n'avais pas envie de lever la tête et encore moins pour savoir qui criait ces mots. Car en effet, mon propre nom n'était devenue que des mots à mes oreilles. Je ne le reconnaissais plus. Pourtant, ma tête se leva toute seule, sans que je le lui ordonne. Je remarquai alors une chatte qui se tenait de l'autre côté de la rivière.
- Rêve d'Automne? miaulai-je plein d'espoir.
Non, ce n'était pas elle. C'était une femelle noire et blanche. Ma défunte seconde était entièrement brune.Elle était belle et bien enterrée, près de son camp natal. Je baissai la tête et me remis à pleurer, m'effondrant sur les rochers où j'avais encore l'impression de sentir l'odeur du sang et de la mort.